Ces totems qui hantent la mémoire des fils de Mamadou

Hervé Youmbi, Ces totems qui hantent la mémoire des fils de Mamadou, Photo Adeline Chapelle © Hervé Youmbi
Pour les plasticiens africains, il est d’une difficulté sans nom de se faire une place dans le monde international des arts contemporains. Pure question d’argent : pour être reconnu, il faut être vu, et pour cela il faut des galeristes, des publicistes, des agents. Même pour ceux qui parviennent à être exposés au nord, il est extrêmement difficile de sortir du ghetto « africaniste » : d’être reconnu comme artiste contemporain tout court, plutôt qu’ « artiste africain ».
« Ces totems qui peuplent les rêves des fils de Mamadou » nous interrogent sur le sens des valeurs esthétiques actuelles et des critères de validation imposés par le marché de l’art. Ils nous questionnent aussi sur le degré d’objectivité qui régit et que véhicule l’histoire de l’art. L’installation est également une interrogation sur les liens entre espaces artistiques africains et européens. 50 ans après l’accession à l’Indépendance de nombreux pays africains, le temps est venu de faire un bilan : de parler ouvertement et de façon constructive des profondes attaches Afrique-Occident en matière de création artistique et des profondes inégalités qui font les rêves inassouvis sur lesquels ce projet d’installation se penche. On l’a bien souvent dit : sans l’art africain il n’y aurait pas eu l’art moderne européen. L’art européen lui aussi a bien sûr eu un impact fondamental sur l’art moderne (et, partant, contemporain) d’Afrique.